Volume 30 : Chapitre 5, Acclamations de la victoire 11–20

Acclamations de la victoire 11

En juin 1918, la Neuvième Symphonie de Beethoven fut jouée par un orchestre de prisonniers allemands du camp de Bando.

Beethoven intégra des voix – des solistes et un chœur − dans le quatrième mouvement de cette symphonie, avec des paroles tirées du poème « L’hymne à la joie », du poète allemand Friedrich Schiller. L’union de tous les êtres humains en tant que membres d’une même famille − tel est le thème de la Neuvième Symphonie. Cet hymne à l’humanité, cette symphonie de l’amitié retentit depuis Tokushima.

Et, en cet instant, c’est une chorale des femmes de la Soka Gakkai qui entonnait le chœur :

Dans le ciel bleu, les nuages flottent
Les oiseaux chantent dans les forêts et les vergers
1 […]

Shin’ichi Yamamoto applaudit avec enthousiasme. Il lui semblait entendre les acclamations victorieuses des membres de Tokushima, sortis vainqueurs de l’oppression des moines autoritaires. Dans leurs cœurs brûlait la flamme de la joie qu’ils ressentaient en consacrant leur vie à kosen rufu. Cette joie elle-même était la preuve de leur grande victoire.

Le lendemain, 10 novembre, Shin’ichi participa à une cérémonie de plantation d’arbres pour marquer l’inauguration de l’auditorium de Tokushima. Il s’assit et posa pour des photographies avec tous ceux qui avaient contribué au bon déroulement de cette activité, puis dirigea une cérémonie de Gongyo.

Il déclara : « Nichiren écrit : “Myo [de myoho, la Loi merveilleuse] signifie revivre, c’est-à-dire revenir à la vie.” (Écrits, 150) Pour nous, qui croyons dans la Loi merveilleuse, il y aura toujours une voie pour aller de l’avant. Aussi difficile que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous pourrons la transformer et surmonter les obstacles. Pleins de vitalité et de dynamisme, nous repartons de l’avant. C’est pour cela que nous n’abandonnons jamais et que nous ne cédons pas au désespoir.

« Nous sommes tous intrinsèquement de magnifiques bouddhas. En être fermement convaincus, c’est en soi l’essence de notre foi. Croyez en vous-mêmes et, avec confiance, consacrez-vous à kosen rufu en répandant la lumière du bonheur émanant de la Loi merveilleuse dans votre environnement. »

Ce jour-là, il était prévu que Shin’ichi se rende dans la préfecture voisine de Kagawa, et il continua à encourager les membres de Tokushima jusqu’à son départ.

S’engager avec sérieux signifie se donner corps et âme à chaque instant.

« Tokushima est un nom magnifique, poursuivit Shin’ichi. Cela signifie “île de vertu”, un foyer qui rassemble des personnes au caractère noble. Créez un nouvel élan pour kosen rufu à Shikoku, à partir de Tokushima ! »

Acclamations de la victoire 12

Shin’ichi quitta l’auditorium de Tokushima à 14 h 30 pour se rendre en voiture au centre de séminaires de Shikoku, à Aji-cho, dans la préfecture voisine de Kagawa. Après environ une heure de trajet, il demanda à s’arrêter dans un café afin que le chauffeur puisse avoir une courte pause.

À ce moment-là, le responsable de la jeunesse de Shikoku, Okimitsu Owada, qui accompagnait la délégation effectuant le voyage depuis Tokushima, demanda à Shin’ichi s’il aurait la possibilité de rencontrer des représentantes et représentants de la jeunesse de Shikoku. Shin’ichi déclara aussitôt qu’il en serait enchanté. Il voulut répondre sincèrement à cette demande directe et sincère de la jeunesse.

Une petite réunion de la jeunesse fut alors programmée pour le soir du 12 novembre.
 
Shin’ichi plaçait les plus grands espoirs dans la jeunesse de Shikoku, qui faisait preuve d’une grande combativité.

En août de cette année-là [1981], Owada avait rendu visite à Shin’ichi au centre de séminaires de Nagano et lui avait fait part de son désir de générer un nouvel élan pour kosen rufu depuis Shikoku.

Owada avait alors dit à Shin’ichi : « Permettez-moi de vous parler en toute franchise. Dans cette période où les publications de la Soka Gakkai ne mentionnent que rarement vos activités, je sens que l’esprit de maître et disciple est de la plus haute importance. Nous envisageons donc de créer un hall d’exposition dans l’un de nos centres à Shikoku pour mettre en valeur vos écrits et vos actions pour la paix. »

Bien qu’Owada se soit exprimé d’une voix hésitante, la passion qui l’animait était évidente. Shin’ichi apprécia sa sincérité.

« Je comprends parfaitement ce que vous ressentez. Veuillez en discuter avec le responsable de la région de Shikoku et d’autres responsables locaux afin de trouver la meilleure façon de donner de l’espoir aux membres. »

Les jeunes de Shikoku se lancèrent dans des recherches sur les activités de Shin’ichi pour la paix mondiale. Ils apprirent que, en 1968, avec le souhait d’empêcher l’isolement de la Chine de la communauté internationale, Shin’ichi avait lancé un appel pour que le Japon œuvre à une normalisation de ses relations diplomatiques avec ce pays. Alors que la guerre froide était à son paroxysme, il s’était rendu à plusieurs reprises en Chine et en Union soviétique pour jeter les ponts de l’amitié et œuvrer à l’allègement des tensions entre les deux pays. Dans sa quête d’une voie pour la paix, Shin’ichi avait également engagé des dialogues avec le secrétaire d’État américain Henry Kissinger, le secrétaire général des Nations Unies et d’autres dirigeants. Au cours de leurs recherches, les jeunes gens découvrirent que Shin’ichi s’était en fait engagé dans un vaste éventail d’activités, qui transcendait les différences d’idéologies.

Désirant faire connaître les contributions à la paix de leur maître, dont ils tiraient une grande fierté, les jeunes de Shikoku poursuivirent leurs efforts et organisèrent une exposition au centre de séminaires de Shikoku du 2 octobre au 3 novembre [1981], qui attira au total plus de 61 000 visiteurs.

Acclamations de la victoire 13

L’exposition sur les activités pour la paix de Shin’ichi, planifiée et organisée par la jeunesse de Shikoku, devint un rayon d’espoir, qui illumina une nouvelle voie pour kosen rufu.

Il n’y aura pas d’innovation ni de développement dans l’avenir si nous nous contentons d’attendre que l’on nous dise ce qu’il faut faire. Nous devons percevoir ce qui fait obstacle à notre progression ainsi que les problématiques de notre époque et de notre société et lutter constamment pour trouver une solution. C’est ainsi que l’on peut créer une voie nouvelle. Un poète de Shikoku, Masaoka Shiki (1867-1902), a déclaré : « Révolution et réforme sont l’œuvre d’une nouvelle génération de jeunes qui émergent pour prendre leur place dans la société2. »

Le 10 novembre, juste après 17 heures, Shin’ichi parvint au centre de séminaires de Shikoku dans la préfecture de Kagawa.

Ce soir-là, il assista à une réunion des responsables pour célébrer le jour de Kagawa. Tout le monde applaudit lorsque Shin’ichi fit son entrée et s’avança jusqu’à son siège.

Les membres étaient enthousiastes. Ils avaient beaucoup souffert à cause des paroles et actions des moines malhonnêtes qui cherchaient à briser les liens entre maître et disciples au sein du mouvement Soka. Mais ils avaient tout surmonté brillamment et leur rassemblement était joyeux. Le temps était venu pour eux de prendre un nouveau départ vers la victoire.

D’une voix forte, Shin’ichi déclara : « Une nouvelle fois, je vais ouvrir la voie ! Je ne veux plus que vous vous fassiez du souci ou que vous soyez contraints de souffrir. Que celles et ceux qui comprennent mon cœur se dressent pour lutter avec moi ! »

Sa déclaration était comparable au rugissement d’un lion qui se libère de ses chaînes. Dans la salle, il y eut un tonnerre d’applaudissements, qui parut se prolonger indéfiniment.

Shin’ichi pensa : « Quand les liens qui unissent le maître et les disciples sont forts, nous pouvons surmonter tous les maux. Je ne laisserai pas des moines autoritaires entraver la progression de la Soka Gakkai, l’organisation qui accomplit kosen rufu en accord avec l’intention du Bouddha. Le temps est maintenant venu de lancer une contre-offensive ! » Tel était le serment passionné qui animait son cœur.

Quoi qu’il arrive, nous ne devons laisser personne détruire l’esprit de maître et disciple au sein du mouvement Soka. Cela reviendrait à couper la route de kosen rufu.

L’organisation continuerait bien entendu d’être dirigé par le président Eisuke Akizuki en collaboration avec d’autres responsables. Mais, pour le bien de la jeunesse, Shin’ichi était déterminé à montrer et à transmettre à travers ses actions ce qui est le cœur même du mouvement Soka : la voie de maître et disciple.

Acclamations de la victoire 14

Après la réunion des responsables célébrant le jour de Kagawa au centre de séminaires de Shikoku, Shin’ichi Yamamoto eut un échange avec les principaux responsables de Shikoku.

Le lendemain, 11 novembre, de nouveau il ne ménagea pas ses efforts. Il encouragea des membres qui s’étaient réunis au centre de séminaires, puis se rendit au nouveau centre culturel de Shikoku, alors en construction, dans le quartier voisin de Chokushi-cho, à Takamatsu. Il récita aussi Gongyo à l’auditorium de Takamatsu, situé juste à côté, avec les membres locaux qui, sachant qu’il serait là, étaient venus pour le voir, et il les encouragea en jouant du piano. Quand il revint au centre de séminaires, il eut une rencontre informelle avec les membres du personnel de la Soka Gakkai et les principaux responsables de Shikoku.

« À Shikoku, j’ai déclaré que j’allais à nouveau ouvrir la voie vers la réalisation de kosen rufu, tel un lion du mouvement Soka, dit-il. À partir d’ici, je lèverai le rideau sur la création d’une nouvelle ère. Car Shikoku est une “terre de pionniers” dans notre mouvement. N’oubliez pas, s’il vous plaît, ce moment si précieux. Sa signification grandira et s’approfondira avec le temps. »

Les paroles de Shin’ichi débordaient de passion et de conviction.

Le soir du 11 novembre, les responsables des départements de la jeunesse et des jeunes hommes des quatre préfectures de Shikoku3 se réunirent au centre de séminaires pour préparer la rencontre du lendemain avec Shin’ichi. L’un d’eux émit une proposition : « Demain, lors de la réunion, montrons à Sensei notre détermination afin qu’il soit convaincu que l’avenir de Shikoku est assuré. À cette fin, composons une chanson qui transmette notre décision et notre engagement, et chantons-la pour lui. Qu’en dites-vous ? »

Tout le monde approuva avec enthousiasme.

« Il est important que nous participions tous à la création de cette chanson, donc n’hésitez pas à proposer des mots ou des phrases qui pourraient figurer dans le texte. »

Sur un tableau blanc, ils écrivirent ce qui leur venait à l’esprit, par exemple « la lourde tâche de la jeunesse » et « la voie que nous avons choisie ». Puis, en prenant ces éléments comme source d’inspiration, ils travaillèrent sur les paroles et, juste avant l’aube, ils avaient achevé trois couplets de quatre vers chacun. Ils avaient mis tout leur cœur dans la création de ce nouveau chant du département des jeunes hommes de Shikoku.

Tant de dévouement et de détermination illustrent bien les admirables qualités de la jeunesse ; elles ont le pouvoir de briser des barrières apparemment insurmontables et d’ouvrir de nouvelles voies.

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Vint enfin le 12 novembre, jour où Shin’ichi Yamamoto devait rencontrer les représentants de la jeunesse de Shikoku.

Ce matin-là, Tomohiro Suginuma, un membre du groupe de musique des jeunes hommes de Shikoku, se rendit au centre de séminaires. On lui avait demandé de composer la musique de la nouvelle chanson, comme il l’avait fait pour d’autres chants de la Soka Gakkai, notamment le chant de la région de Shikoku, Notre Terre, ainsi que celui du département des lycéens, Les porte-étendards de la justice.

Après avoir lu les paroles, Suginuma demanda s’il était possible d’ajouter deux lignes à chaque strophe, pour passer de quatre à six lignes, et ainsi insuffler une nouvelle vigueur au texte. Les jeunes hommes, qui avaient écrit les paroles, avaient eux-mêmes ressenti que ces couplets de quatre lignes ne leur permettaient pas d’exprimer pleinement leur état d’esprit et leur détermination.

Ils commencèrent donc à réécrire. Cela s’avéra plus difficile qu’ils l’avaient imaginé, mais ils parvinrent néanmoins à terminer le nouveau texte dans l’après-midi, et la musique fut achevée dans la soirée.

Le même jour, dans l’après-midi, Shin’ichi vint au centre de séminaires pour participer à la réunion des responsables célébrant le jour d’Ehime. En cette occasion, il commenta l’expression « la joie ressentie », contenue dans le Sûtra du Lotus.

« Dans notre cas, “la joie ressentie” fait référence à la grande joie qui jaillit de notre vie quand nous entendons l’enseignement suprême, Nam-myoho-renge-kyo. Nichiren écrit : “Se réjouir équivaut à la foi et la foi équivaut à se réjouir4” (GZ, 835). Cet enseignement nous permet de surmonter toutes les souffrances, d’atteindre la bouddhéité en cette vie et d’établir un état de bonheur sans égal. Et il a le pouvoir de mener tous les êtres humains à l’illumination à partir de maintenant et pour l’éternité. Quand nous sommes convaincus de cela, nous éprouvons une reconnaissance illimitée et une joie irrépressible d’avoir pu rencontrer la Loi merveilleuse. Cet état de vie intense et joyeux est en soi l’état de bonheur suprême.

« Quand nous ressentons cette joie, nous avons le désir irrésistible de partager la Loi merveilleuse avec les autres et nous commençons spontanément à répandre cet enseignement. Il en résulte alors des bienfaits encore plus grands. Ce cercle de la joie qui ne cesse de croître correspond à kosen rufu. Transmettre cet enseignement résulte naturellement de la joie de la foi.

« N’oubliez jamais que la joie apparaît quand vous récitez sincèrement Nam-myoho-renge-kyo et que vous agissez concrètement et de votre plein gré pour kosen rufu. »

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Shin’ichi Yamamoto entendait réaffirmer que la Soka Gakkai était un rassemblement joyeux de personnes ordinaires et que la joie de chaque membre était la force motrice des activités au sein de l’organisation.

Il conclut son discours en exhortant tous les participantes et participants à s’unir pour prendre un nouveau départ, avec pour devise « La foi équivaut à se réjouir ».

La réunion de la jeunesse au centre de séminaires de Shikoku commença juste avant 18 heures. Environ quatre-vingts représentants de la jeunesse de Shikoku et une dizaine de responsables de la préfecture d’Ehime y participèrent. Après une série de comptes rendus sur les activités de la jeunesse, le responsable de ce département, Okimitsu Owada, se leva et dit : « Sensei, nous avons écrit un chant du département des jeunes hommes de Shikoku. Nous aimerions vous le faire écouter. »

Owada et les autres jeunes qui avaient travaillé sur cette chanson avaient les yeux rouges et gonflés. Shin’ichi supposa qu’ils avaient dû rester debout toute la nuit.

« Avec plaisir ! Quel est son titre ? »

« Le Chant de l’aube. »

Shin’ichi sourit. « Les clichés comme “Ah, l’aube vient d’arriver” manquent d’originalité. Et, sans originalité, c’est un peu comme si l’aube était encore bien loin. »

Quelqu’un transmit les paroles à Shin’ichi et l’on mit en marche la cassette sur laquelle la chanson avait été enregistrée.
  
Ah, l’aube vient d’arriver.
Nous, les pionniers, élançons-nous […]

  
« C’est bien ce que je pensais. Il y a bien “Ah ! l’aube vient d’arriver” », dit Shin’ichi avec humour.

Tout le monde éclata de rire.

Shin’ichi relut les paroles. « C’est une bonne chanson, dit-il, mais j’ai l’impression que vous avez simplement juxtaposé quelques formules inspirantes. »

Les jeunes hommes eurent un sourire confus. C’était tout à fait juste. Ils eurent le sentiment que Shin’ichi avait perçu tout leur cheminement.

Shinji Takahata, le responsable des jeunes hommes de Shikoku, prit alors la parole : « Sensei, s’il vous plaît, aidez-nous à améliorer cette chanson en y insufflant votre esprit. »

Son regard sincère exprimait le désir passionné de la jeunesse d’ouvrir une nouvelle ère. Shikoku était une terre pleine d’aspirations et d’espoirs.

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Shin’ichi regarda les jeunes hommes et leur dit : « Si vous le souhaitez, je peux essayer de vous aider. M’autorisez-vous à faire quelques modifications ? »

« Oui ! » répondirent les jeunes gens d’une voix forte.

« Très bien, alors efforçons-nous de créer ensemble une magnifique chanson qui traversera les âges. »

Sans plus attendre, Shin’ichi se mit à revoir les paroles.

« Tout d’abord, le chant commence par “Ah l’aube vient d’arriver”, mais le mot “aube” apparaît déjà dans de nombreux chants de la Soka Gakkai et dans d’autres chansons d’écoles bien connues. Le début d’une chanson est très important. Le premier vers est crucial. Nous avons besoin d’une image forte et colorée, comme par exemple l’apparition de la pleine Lune ou la percée des premiers rayons du Soleil.

« Je pense que, pour cette chanson, la couleur pourrait être le rouge écarlate. Pourquoi ne pas commencer le chant par les mots “Ah, l’aube écarlate…” ? Il pourrait alors s’intituler le Chant de l’aube écarlate.

« Quant à la musique, il faut qu’elle soit entraînante et énergique, fraîche et originale, bien construite et en harmonie avec les paroles. Que pensez-vous d’un air comme celui-ci ? » dit Shin’ichi en fredonnant.

Le compositeur, Tomohiro Suginuma, s’empressa de transcrire l’air sur une partition. Cela donnait le ton de toute la chanson.

« Tout en gardant à l’esprit le style des chansons que nous avons créées jusqu’à présent, j’aimerais que la mélodie apporte un souffle nouveau, qu’elle soit à l’avant-garde de notre époque. Il faut trouver un air que les gens aimeront écouter, même sans connaître les paroles.

« Si je peux me permettre de vous faire une suggestion, la mélodie ne doit pas paraître trop rapide ou trépidante, mais inspirer plutôt la confiance et donner une impression de dignité. Il faut trouver un air que tout le monde ait envie de reprendre. »

Cette réunion s’était transformée en une séance de création de chanson.

« Revoyons maintenant l’expression, “la tempête des fonctions démoniaques”. Ne préféreriez-vous pas “l’arrogance des fonctions démoniaques” ?

« Plutôt que de reprendre des formules similaires à celles de chansons précédentes, il importe d’être créatif et original.

« Nos objectifs − l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays et la réalisation du kosen rufu mondial – ont des aspects totalement originaux. Ce sont des concepts nouveaux et sans précédent, et nous avons donc également besoin d’expressions nouvelles pour les transmettre. »

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Tout en discutant avec les jeunes, Shin’ichi continua à corriger les paroles. À travers l’écriture d’une chanson, il désirait leur enseigner l’esprit de la Soka Gakkai et éveiller leur conscience en tant que successeurs.

« Changeons le troisième couplet où il est dit : “le château de kosen rufu que nos pionniers ont bâti” en “le château de kosen rufu que nos nobles pionnières ont bâti”, proposa-t-il alors. Cela donnera une image plus concrète. Bien que j’emploie ici le mot “pionnières”, je pense aussi à travers cette image à tous les hommes pionniers qui ont construit la Soka Gakkai à ses débuts.

« C’est un point important. De nos jours, nous avons à notre disposition de magnifiques centres de séminaires comme celui-ci et des centres culturels dans tout le pays. La Soka Gakkai est effectivement devenue la plus grande organisation religieuse au Japon. Mais, pour parvenir à ce développement, nos pionniers, et parmi eux beaucoup de vos mères et pères, n’ont pas ménagé leur peine et ont dû mener bien des luttes amères.

« On les a dénigrés en disant qu’ils formaient un rassemblement de pauvres et de malades, et ils ont dû lutter contre les préjugés et les insultes dus à l’incompréhension à l’égard de notre mouvement, mais jamais ils n’ont reculé d’un seul pas. Bien au contraire, ils ont continué de lutter inlassablement, en déployant toute leur énergie, pour partager le bouddhisme de Nichiren.

« Aussi pénible que fût leur situation, ils nourrissaient toujours les plus grands espoirs. C’est qu’ils étaient convaincus que leurs successeurs – c’est-à-dire vous – deviendraient en grandissant des personnes remarquables et brillantes et prendraient la tête de kosen rufu tout en jouant un rôle de premier plan dans la société. Voilà pourquoi ils ne cessèrent jamais d’avancer, déterminés à remporter la victoire et à rester invaincus.

« Vous ne devez pas trahir les espoirs de ces pionniers, de vos mères et pères. Sinon, ce serait faire preuve de la pire ingratitude. Je vous demande de devenir des personnes d’une grande dignité, de façon à ce que nos pionniers puissent dire en vous voyant : “Nous avons formé un courant d’excellents successeurs. C’est notre plus grand honneur.” »

Shin’ichi finit de corriger les paroles des trois couplets, en apportant au total une trentaine de modifications.

« Je vais continuer de réfléchir pour l’améliorer encore, dit-il. Je veux créer la meilleure chanson qui soit, une chanson que notre jeunesse chantera éternellement. Créons un chant qui annonce notre contre-offensive pour kosen rufu. »

Shin’ichi poursuivit ses corrections jusque tard dans la soirée. Il réfléchit profondément afin d’insuffler son esprit dans chaque mot.

Acclamations de la victoire 19

Le lendemain 13 novembre, dans l’après-midi, Shin’ichi Yamamoto participa à une cérémonie de Gongyo à l’occasion du 25ᵉ anniversaire de la création du chapitre Kochi, dans l’auditorium du centre de séminaires de Shikoku.

Lors de sa visite à Kochi trois ans auparavant [en 1978], Shin’ichi avait séjourné au centre de séminaires de Kochi, près du cap Ashizuri [à la pointe sud de Shikoku], parce qu’il souhaitait encourager tous les membres de la préfecture. Il avait offert des orientations et des encouragements à chaque personne qu’il avait rencontrée durant sa visite.

Après avoir surmonté d’innombrables obstacles au cours des années précédentes, les membres s’étaient réunis ce jour-là au centre de séminaires avec un espoir et un courage renouvelés.

Lors de la cérémonie, Shin’ichi cita plusieurs passages des écrits de Nichiren, notamment celui-ci : « […] sans épreuves, il n’y aurait pas de pratiquant du Sûtra du Lotus. » (Écrits, 33) En réaffirmant que les grands obstacles sont inévitables sur la voie de kosen rufu, il poursuivit en expliquant ce qu’est l’attitude correcte dans la foi.

« Les périodes de troubles, dit-il, révèlent la profondeur de la foi de chacun. Certains font preuve de lâcheté et s’enfuient ou trahissent leurs compagnons de pratique. D’autres, en revanche, décrètent que “c’est le moment crucial” et se dressent avec une ferme détermination. La différence entre ces deux attitudes dépend des efforts quotidiens que nous fournissons pour polir et renforcer notre foi. Nous ne pouvons pas établir une foi forte du jour au lendemain.

« Nous nous entraînons sans cesse dans les activités de la Soka Gakkai pour pouvoir persévérer courageusement avec une foi inébranlable dans les périodes d’adversité.

« Nous sommes des personnes du commun, d’humbles citoyens ordinaires. Par conséquent, il se peut que nous soyons dénigrés ou persécutés. Cependant, parce que nous transmettons la Loi merveilleuse, suprême et sans égale, il est certain que nous réussirons à faire progresser kosen rufu.

« Nichiren déclare aussi : “La Loi ne se propage pas toute seule ; parce que les êtres humains la propagent, les êtres humains et la Loi sont également dignes de respect5.” (GZ, 856) C’est pour cela que celles et ceux qui propagent cette Loi suprême peuvent mener la plus magnifique des existences.

« Toutes les attaques infondées et les calomnies que vous avez dû subir en raison de vos efforts pour kosen rufu et pour soutenir la Soka Gakkai deviendront pour vous la source d’une bonne fortune éternelle. Ne vous laissez pas perturber par des paroles et des actions triviales. Menez plutôt votre vie en suivant la voie inégalée, en parfait accord avec les enseignements du bouddhisme. »

Un tonnerre d’applaudissements résonna dans la salle.

Les membres des quatre préfectures de Shikoku − Tokushima, Kagawa, Ehime, Kochi − se mirent par la suite à prendre des initiatives en tant que pionniers dans la contre-offensive de la Soka Gakkai.

Acclamations de la victoire 20

Le même jour (le 13 novembre), Shin’ichi encouragea les participants à la cérémonie de Gongyo, ainsi que des groupes des divers départements et tous ceux qui avaient contribué au bon déroulement des activités. Il posa aussi pour des photos commémoratives avec de nombreux membres. Entre-temps, il continua à apporter des modifications au Chant de l’aube écarlate.

À chaque fois qu’il modifiait les paroles, il informait les jeunes concernés.

Tomohiro Suginuma, qui composait la mélodie, avait écrit un premier jet à partir de l’air fredonné la veille par Shin’ichi.

Tard dans l’après-midi, Shin’ichi fit le tour du centre de séminaires. En jetant un œil dans l’auditorium, il aperçut un petit groupe de jeunes hommes en train de chanter et d’enregistrer la chanson dans sa version modifiée. Après les avoir écoutés un moment, Shin’ichi fit part au compositeur, Tomohiro Suginuma, de ses impressions sur la musique.

« Il me semble que la mélodie est un peu trop compliquée. Rendons-la plus inspirante et facile à chanter. »

Ce soir-là, Shin’ichi reçut la dernière version de la musique enregistrée sur cassette. Après l’avoir écoutée, il dit : « C’est très bien ! Désormais, la musique est parfaitement au point, mais elle éclipse les paroles. Nous devons donc encore améliorer le texte ! »

Shin’ichi s’employa à polir davantage les paroles.

Le 14 novembre, il écouta encore la cassette au centre de séminaires de Shikoku, puis au centre culturel de Shikoku et au centre des femmes de la Soka Gakkai de Shikoku et, à chaque fois, il apporta de nouvelles modifications.

Dans la soirée, alors qu’il prenait un bain dans le grand bassin d’eau chaude du centre de séminaires avec quelques responsables des départements des hommes et jeunes hommes de Shikoku, il poursuivit sa réflexion sur les paroles. Les jeunes hommes exprimèrent le souhait que cette œuvre, plutôt que d’être destinée uniquement aux membres de Shikoku, devienne officiellement une chanson du département des jeunes hommes à l’échelle nationale.

« Dans ce cas, répondit Shin’ichi, il faut encore l’améliorer, en faire absolument le meilleur chant possible. »

De retour du bain, Shin’ichi se pencha de nouveau sur chaque mot, chaque expression, en quête de nouvelles améliorations.

Le processus de création est une lutte contre notre propension à accepter les compromis faciles. On ne peut ouvrir une nouvelle voie qu’en surmontant cette tentation, en repoussant nos limites pour aller jusqu’au bout de nous-mêmes, en nous lançant des défis sans ménager nos efforts, et en déployant toute notre ingéniosité. Shin’ichi voulait communiquer à ses jeunes successeurs cet esprit de lutte incessante, qui est la clé de toute nouvelle création.

  • *1Vers de l’une des versions japonaises les plus populaires de ce chœur de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Ce n’était pas une traduction du poème de Schiller, mais une création de Toichiro Iwasa (1905-1974).
  • *2Traduit du japonais. Masaoka Shiki, Byosho Rokushaku (Un lit de malade six pieds de long), Tokyo, Iwanami Shoten, 1927, p. 67-68.
  • *3Les quatre préfectures de Shikoku sont Tokushima, Kagawa, Ehime et Kochi.
  • *4Oko Kikigaki (Recueil d’enseignements), un écrit qui ne figure pas dans les deux volumes des Écrits de Nichiren en anglais.
  • *5Extrait du Hyaku Rokka Sho (Les cent six critères de comparaison), un écrit qui ne figure pas dans les deux volumes des Écrits de Nichiren en anglais.