Volume 30 : Chapitre 6, Serment 61–70

Serment 61

M. Hidehiko Ushijima, écrivain japonais et professeur à l’université des femmes de Tokai (aujourd’hui université Tokai Gakuin), qui connaissait un certain nombre de membres de la Soka Gakkai aux États-Unis, a défini ainsi la nature essentielle de la culture : « La culture et la religion sont à la fois inséparables et distinctes. Elles ne sont pas synonymes. La culture et l’art sont profondément enracinés dans la société et transcendent les limites d’une religion particulière. Tout en absorbant ou en prenant le meilleur d’autres cultures au cours de l’Histoire, et en fusionnant avec elles, ils façonnent le mode de vie des êtres humains. De ce fait, condamner l’Hymne à la joie dans la Neuvième Symphonie de Beethoven (que je considère comme un hymne à toute l’humanité, transcendant les religions), le qualifier d’hérétique et donc le rejeter, c’est aussi rejeter la culture dans sa dimension internationale et le mode de vie des peuples.

« Il est facile de se fermer et d’être dogmatique. Mais la Nichiren Shoshu doit reconnaître que, en faisant cela, non seulement elle n’accomplira pas le vœu de Nichiren de diffuser ses enseignements dans le monde entier, mais elle entravera même sa progression1. »

Une religion qui tombe dans le dogmatisme et porte un jugement moralisateur sur la culture et l’art est une religion centrée sur elle-même. Elle n’est pas au service du peuple.

Les membres de la Soka Gakkai ressentaient le besoin d’une renaissance afin de créer une nouvelle ère où le peuple se retrouverait au cœur de la religion.

Les dirigeants de la Soka Gakkai furent également profondément troublés par le comportement de nombreux moines de la Nichiren Shoshu. Dans tout le Japon, les pratiquants avaient exprimé leur consternation et leur malaise vis-à-vis des paroles et des actes insolents des moines, de leur comportement corrompu et de leur mode de vie extravagant. La Soka Gakkai avait signalé ces cas à la Nichiren Shoshu par crainte que, si de tels comportements n’étaient pas corrigés, le clergé ne connaisse le déclin jusqu’à un point de non-retour.

Nichiren déclare qu’un moine qui ne propage pas les enseignements mais « passe simplement son temps entre oisiveté et bavardages […] n’est rien de plus qu’une bête vêtue d’habits de moines ». (Écrits, 765)

Depuis les premiers jours de la Soka Gakkai, il y avait des moines de la Nichiren Shoshu qui avaient perdu l’esprit d’œuvrer pour kosen rufu et brandissaient avec arrogance leur autorité cléricale. C’est pourquoi le deuxième président, Josei Toda, sur la base de sa foi sincère et par souci des pratiquants, avait adressé de sévères mises en garde au clergé à de nombreuses reprises. Il avait déclaré, par exemple, que « les moines obsédés par l’honneur et le statut, qui essaient de s’attirer les faveurs des riches, n’ont aucun droit de mépriser les croyants2 ».

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Pour que le kosen rufu mondial continue de progresser, conformément au vœu de Nichiren, la Soka Gakkai devait s’exprimer franchement et réfuter les erreurs de la Nichiren Shoshu, même si cela devait provoquer un contrecoup.

Le 3 janvier 1991, une réunion nationale des responsables des préfectures de la Soka Gakkai fut organisée, au cours de laquelle il fut question des problèmes avec la Nichiren Shoshu.

Le président, Eisuke Akizuki, présenta les demandes adressées par la Soka Gakkai à la Nichiren Shoshu afin de garantir des bases solides pour kosen rufu, qui permettraient au bouddhisme de Nichiren d’ouvrir la voie au XXIe siècle en tant que religion universelle, et de réaliser ainsi le testament de Nichiren. Il y avait au total trois demandes adressées aux moines : Premièrement, s’adapter aux valeurs égalitaires et démocratiques de l’époque actuelle et s’ouvrir davantage au monde ; deuxièmement, s’accorder avec l’esprit fondamental du bouddhisme de Nichiren et rejeter les tendances autoritaires et le mépris envers les pratiquants laïcs ; et, troisièmement, corriger la corruption au sein du clergé et établir parmi les moines un climat d’intégrité caractérisé par la modération et la modestie.

Shin’ichi Yamamoto récita Gongyo avec les participants de la réunion, qu’il invita à lutter avec une profonde détermination en tant que personnes de conviction dotées d’une grande mission, afin de faire de l’année 1991 une année riche en magnifiques succès. Au nom du kosen rufu mondial, il était fortement déterminé, quoi qu’il arrive, à protéger la Soka Gakkai, qui perpétuait l’intention du Bouddha. Il ne ménagea aucun effort pour encourager les pratiquants dès le début de l’année, appelée par la Soka Gakkai « Année de la paix et du développement ».

Le 26 janvier, Shin’ichi publia sa Proposition pour la paix pour célébrer le 16e anniversaire du Jour de la SGI.

L’invasion du Koweït par l’Irak l’année précédente, en août 1990, avait déclenché la guerre du Golfe. En janvier, une force multinationale dirigée par les États-Unis avait engagé le combat contre les troupes irakiennes. Dans sa Proposition pour la paix, Shin’ichi appela à la fin rapide de la guerre du Golfe et à la tenue d’une conférence de la paix au Moyen-Orient, sous l’égide des Nations unies.

Le 27 janvier, Shin’ichi quitta le Japon pour se rendre à Hong Kong et à Macao, et, le 31, il participa à la réunion générale du comité de l’Asie de la SGI, au centre culturel de Hong Kong, avec quelque 1500 participants de quatorze pays et territoires d’Asie et d’autres parties du monde.

Lors de cette réunion générale, un appel urgent fut lancé en faveur d’une résolution rapide de la guerre du Golfe. Cet appel, fondé sur le souhait ardent que la paix soit établie dès que possible grâce aux efforts accomplis sous la direction des Nations unies, demandait le retrait des troupes irakiennes du Koweït, la mise en œuvre de mesures visant à prévenir la reprise des hostilités, la tenue d’une conférence sur la paix au Moyen-Orient, et la convocation d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

La flamme de la foi engendre une détermination passionnée à œuvrer pour la paix.

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Après sa visite à Hong Kong, Shin’ichi Yamamoto se rendit pour la première fois à Macao. Là, il assista à une cérémonie à l’université d’Asie de l’Est (aujourd’hui université de Macao), où il reçut un titre de professeur honoraire. En cette occasion, il prononça aussi un discours commémoratif intitulé « Une nouvelle conscience mondiale ».

Le 2 février, il prit un vol direct pour Okinawa où il encouragea les pratiquants. De là, il se rendit dans la préfecture de Miyazaki.

Il continua à voyager pour encourager les pratiquants à travers le Japon, notamment dans les régions du Kansai, de Chugoku et de Chubu, au mois de mars.

Le même mois, la Nichiren Shoshu, qui continuait à refuser toutes les demandes de dialogue de la Soka Gakkai, annonça soudain un changement de politique vis-à-vis des organisations laïques à l’étranger.

Jusqu’à cette date, la SGI était la seule organisation laïque reconnue officiellement à l’étranger, mais la Nichiren Shoshu envoya alors un avis à la Soka Gakkai déclarant qu’elle mettait un terme à cette situation.

Elle informait également l’organisation laïque que les pèlerinages mensuels des pratiquants de la Soka Gakkai au Temple principal seraient désormais supprimés. À partir du mois de juillet, seuls ceux qui avaient un formulaire d’autorisation délivré par leur temple local seraient autorisés à venir en pèlerinage. C’était là à l’évidence une tentative de détruire la Soka Gakkai.

Les pratiquants furent indignés par l’arrogance unilatérale avec laquelle ces changements avaient été annoncés. Ils avaient participé régulièrement à des pèlerinages au Temple principal, qui traduisaient la sincérité de leur foi, et fait d’innombrables offrandes – des dons qui impliquaient des sacrifices personnels considérables – pour améliorer et embellir le Temple principal.

En raison des réformes agraires de l’après-guerre, le Taiseki-ji avait perdu la plupart des terres agricoles qu’il possédait autrefois. Ce fut un coup très dur sur le plan financier, qui le plongea dans la pauvreté. Pour subvenir à leurs besoins, les moines envisagèrent alors d’en faire un lieu d’attraction touristique. En novembre 1950, le maire local, un responsable du village, les membres d’une association touristique ainsi que plusieurs journalistes se réunirent au Temple principal pour une « réunion de promotion du tourisme dans la région située au nord du mont Fuji », et ils entreprirent d’élaborer des plans concrets pour ouvrir le Temple aux touristes.

Cette nouvelle avait profondément choqué et attristé Josei Toda. Il craignait que la transformation du Temple principal en un lieu touristique sans lien avec la foi, mais uniquement fondé sur la recherche du profit, souille l’esprit noble de Nichiren. En réfléchissant à un moyen d’éviter cette dérive, il eut l’idée d’organiser des pèlerinages réguliers au Temple principal pour les membres de la Soka Gakkai. Ce projet fut mis en œuvre deux ans plus tard, en 1952. Grâce à cela, la Nichiren Shoshu parvint à surmonter ses difficultés financières et connut un grand développement. Au cours des quatre décennies pendant lesquelles ces pèlerinages eurent lieu, les membres de la Soka Gakkai effectuèrent au total 70 millions de visites au Temple.

La foi des membres de la Soka Gakkai qui consacraient leur vie à kosen rufu avait donc soutenu la Nichiren Shoshu et fait prospérer le Temple principal.

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La Soka Gakkai consacra également beaucoup d’énergie et de ressources à l’amélioration des bâtiments et des terrains du Temple principal. Du vivant du président Toda, la Soka Gakkai fit construire et offrit le Hoanden ainsi que le Grand Hall de conférence. De plus, après que Shin’ichi Yamamoto devint président, elle offrit de nombreux autres bâtiments et équipements, notamment le quartier des moines (un ensemble comprenant les quartiers du grand patriarche et les dortoirs des moines), le Grand Hall de réception, le Sho-Hondo, la porte principale et les lieux d’hébergement des pélerins.

Du fait des réformes agraires de l’après-guerre, le Temple principal ne possédait plus que 17 hectares, mais il put ensuite acquérir de nouvelles terres couvrant environ 387 hectares – soit vingt-trois fois sa taille initiale. La plupart de ces nouvelles terres avaient été offertes par la Soka Gakkai. L’organisation laïque avait soutenu la Nichiren Shoshu en toute sincérité au fil des ans. Les membres avaient fait des dons de tout leur cœur. Et de nombreux bénévoles de la jeunesse avaient travaillé jour et nuit, souvent au détriment de leur sommeil, pour s’assurer que les visites des membres au Temple principal se déroulent en toute sécurité et sans incident. Mais là, sans aucun avertissement préalable et sans la moindre parole de remerciement, le clergé annonçait soudain qu’il mettait en place un nouveau système de pèlerinage géré par les temples locaux.

En juillet 1991, le clergé annonça la nouvelle stratégie officielle : les pratiquants auraient l’obligation de s’inscrire comme fidèles auprès de leur temple local de la Nichiren Shoshu. L’objectif était de contraindre les pratiquants à quitter la Soka Gakkai pour se rattacher uniquement au temple.

Une des cinq fautes cardinales3 les plus graves en bouddhisme consiste à provoquer la désunion et la discorde au sein de la communauté bouddhiste. Le clergé avait commis cette grave offense en déclenchant toute une série d’actions visant à saper l’unité de la Soka Gakkai, l’organisation qui accomplit le vœu du Bouddha et fait de kosen rufu une réalité. Ses actions étaient cruelles et sans scrupules. Après s’être empressés d’accepter toutes les offrandes de la Soka Gakkai, les moines écartaient avec froideur l’organisation laïque et ses membres.

La Nichiren Shoshu insista aussi sur l’importance de vénérer le grand patriarche, ce qui constituait une transgression flagrante des enseignements de Nichiren, et elle complota pour placer les pratiquants laïcs sous le contrôle du clergé, en attribuant au grand patriarche le pouvoir suprême.

Mais les membres de la Soka Gakkai avaient déjà discerné la nature sans scrupules et rétrograde du clergé.

En septembre 1991, on apprit que, deux ans plus tôt, en juillet 1989, Nikken avait fait ériger une pierre tombale pour ses ancêtres dans un cimetière d’un temple zen de la ville de Fukushima (dans la région de Tohoku, au nord-est du Japon) et qu’il y avait organisé une cérémonie bouddhique. Tout en accusant avec véhémence la Soka Gakkai d’offenser la Loi, il n’avait aucun scrupule à commettre lui-même un acte qui pouvait clairement être décrit comme un acte d’opposition du point de vue des écrits de Nichiren. Les membres de la Soka Gakkai furent écœurés par son hypocrisie.

De nombreux exemples de corruption et de déchéance parmi les moines ne cessèrent d’être mis en lumière, les uns après les autres.

La Nichiren Shoshu n’enseignait plus et ne pratiquait plus le bouddhisme de Nichiren. L’esprit de Nikko Shonin [qui avait fondé le Taiseki-ji] avait été perdu et le courant pur de l’école Fuji avait malheureusement été souillé au point d’être méconnaissable.

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Shin’ichi Yamamoto se lança dans l’action, en ayant à l’esprit sa vision d’une nouvelle ère de paix après la fin de la guerre froide.

En avril 1991, il visita l’université des Philippines pour promouvoir des échanges éducatifs et culturels. Il y prononça un discours intitulé « Au-delà de la recherche du profit », à l’occasion de la cérémonie de remise de diplômes de la faculté de gestion. L’université lui décerna également un doctorat honoris causa en droit.

Début juin, il partit en Europe. Il se rendit en Allemagne et effectua son premier voyage au Luxembourg, avant de rejoindre la France et le Royaume-Uni. Dans chacun de ces pays, il poursuivit ses efforts en faveur des échanges culturels et rencontra également des dirigeants nationaux ainsi que des spécialistes et des penseurs de premier plan. De fin septembre à début octobre, il séjourna aux États-Unis, et, le 26 septembre, il délivra une conférence à l’université Harvard intitulée « L’ère du “pouvoir soft” ».

Quand Shin’ichi n’était pas à l’étranger, il ne cessait de se déplacer aux quatre coins du Japon, en ne ménageant aucun effort pour encourager les pratiquants.

Tout au long de ce que l’on appela la seconde crise du clergé, les membres de la Soka Gakkai se firent une idée claire et objective de la trahison et des complots des moines. Ils se dressèrent résolument, avec la détermination ardente de corriger ce qui est erroné et de révéler ce qui est juste.

Depuis l’époque de la première crise du clergé, où il avait dû démissionner de son poste de président de la Soka Gakkai, Shin’ichi avait concentré son attention sur les rencontres avec les pratiquants pour encourager chacun, en cherchant à construire, une fois encore, une Soka Gakkai inébranlable, unie par les liens entre le maître et les disciples qui se consacrent à la mission de kosen rufu. Il offrit des orientations personnelles, rendit visite aux pratiquants à leur domicile, anima des réunions en petits groupes et engagea des dialogues informels. Il participa à des réunions de toutes sortes, en déployant inlassablement des efforts pour encourager ses compagnons de pratique.

Dès qu’il le pouvait, Shin’ichi prenait son repas avec des pratiquants en utilisant chacune de ces occasions pour discuter avec eux. Il consacrait souvent chaque instant de libre dont il disposait à composer des poèmes, inscrire des calligraphies ou écrire des messages inspirants sur une carte ou à l’intérieur d’un livre, dans l’intention de les offrir aux pratiquants.

Il agissait sans relâche, prêt à donner toute son énergie pour le bonheur et le développement des pratiquants. Il cherchait à faire tout son possible pour leur insuffler l’esprit de kosen rufu, avec le souhait que chacun se dresse par lui-même en tant que champion courageux.

Grâce à ses efforts, les jeunes successeurs étaient parvenus à un magnifique développement, et la grande citadelle du mouvement Soka s’élevait, unie par des liens indestructibles de maître et disciples, capables de résister à la pire adversité. Cet esprit de maître et disciple créa également des liens étroits entre les pratiquants à travers le monde entier.

Les actions dévouées touchent le cœur humain.

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Chaque fois que Shin’ichi assistait à une réunion générale mensuelle des responsables ou à d’autres réunions de la Soka Gakkai, il parlait de l’esprit de Nichiren, qui souhaitait le bonheur de tous les êtres humains, et du mode de vie que devraient adopter les authentiques pratiquants de ses enseignements.

Dans un discours, il pouvait, par exemple, partager les paroles du célèbre comédien Charlie Chaplin et évoquer l’importance d’avoir le courage de se battre pour la liberté. Dans un autre, il citait le chef-d’œuvre de Victor Hugo, Les Misérables, pour transmettre ce message : le peuple doit développer sa force et sa sagesse et défendre la vérité et la justice.

Shin’ichi soulignait également que les attaques et obstacles rencontrés par la Soka Gakkai correspondaient exactement à ce qu’avait annoncé Nichiren dans ses écrits et prouvaient, par conséquent, que les efforts qu’elle accomplit pour kosen rufu étaient justes. Il rappelait que, à la lumière des principes fondamentaux du bouddhisme, tous ceux qui se consacraient à kosen rufu, avaient foi dans le Gohonzon et persévéraient dans leur pratique bouddhique, étaient des bouddhas, et que la quête d’une réforme religieuse centrée sur les peuples était la voie correcte à suivre. Il réaffirmait aussi les principes essentiels du bouddhisme de Nichiren, le bouddhisme du soleil : la finalité est le bonheur de chacun, le bouddhisme de Nichiren est un enseignement universel et égalitaire, et la progression sur la grande voie du kosen rufu mondial doit toujours se fonder sur le Gohonzon et sur les écrits de Nichiren.

La première réunion générale de Tokyo, le 24 août 1989, fut la première à être diffusée par satellite à l’échelle nationale. À partir de cette date, ces retransmissions jouèrent un rôle important dans la consolidation de l’unité des pratiquants et dans leur victoire sur l’oppression exercée par Nikken et la Nichiren Shoshu. Avant cela, les membres du Japon avaient accès à des retransmissions audio de ces réunions, mais, désormais, ils pouvaient regarder les retransmissions en vidéo par satellite, sur de grands écrans, dans les principaux centres de la Soka Gakkai de tout le pays.

Lors de ces réunions, Shin’ichi s’exprimait avec la volonté de s’engager dans un dialogue avec tous les pratiquants. En revenant aux principes du bouddhisme et aux enseignements de Nichiren, il expliquait clairement, à partir de différents points de vue, ce qui était correct et ce qui était erroné, ainsi que la nature essentielle des problèmes en cours avec le clergé, et le mode de vie correct en tant qu’êtres humains.

Une compréhension commune engendre une solide unité.

Grâce à ces retransmissions par satellite, les pratiquants purent avoir une vision profonde et précise de la réalité et de la nature profonde de la crise du clergé. Ils ressentirent vivement l’engagement intense de Shin’ichi en faveur de kosen rufu et sa détermination à consacrer sa vie à sa mission. Les cœurs des membres étaient fermement et fortement unis sur la base de leur détermination à ne pas être vaincus par les stratagèmes des moines corrompus ou par tout autre obstacle, et de leur décision de continuer de lutter ensemble pour kosen rufu.

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Le 8 novembre 1991, un document de la Nichiren Shoshu intitulé « Sommation de dissoudre la Soka Gakkai » parvint au siège de l’organisation laïque. Daté du 7 novembre, il avait été envoyé au nom de l’administrateur en chef et grand patriarche Abe Nikken et de l’administrateur général Nichijun Fujimoto, et était adressé au président honoraire de la Soka Gakkai et président de la SGI, Shin’ichi Yamamoto, au président de la Soka Gakkai et directeur général de la SGI, Eisuke Akizuki, et au directeur général de la Soka Gakkai, Kazumasa Morikawa.

Le document indiquait qu’il existait une distinction claire entre les moines et les pratiquants laïcs de la Nichiren Shoshu du point de vue de leurs rôles respectifs en tant que maîtres et disciples. Cependant, selon ce document, la Soka Gakkai ne vénérait pas le grand patriarche ou les autres membres du clergé comme leurs maîtres, mais prétendait plutôt que les moines et les croyants laïcs étaient égaux. Cette déclaration d’égalité, défendue par la Soka Gakkai, y était décrite comme « une vision erronée détruisant la relation de maître et disciple qui devrait exister légitimement entre le clergé et les laïcs », et citée comme l’une des raisons pour lesquelles la Nichiren Shoshu avait demandé la dissolution de la Soka Gakkai et de toutes les organisations de la SGI.

Cependant, la Soka Gakkai avait acquis le statut d’association religieuse indépendante, séparée de la Nichiren Shoshu, dès 1952. Cette mesure était due à la perspicacité du deuxième président, Josei Toda, qui était déterminé à accomplir la mission de kosen rufu. La Nichiren Shoshu n’était donc pas en mesure de contraindre légalement la Soka Gakkai à se dissoudre. En fait, elle n’avait absolument aucune autorité sur l’organisation laïque.

Toda avait clairement anticipé et lancé cette mise en garde : une fois que la Nichiren Shoshu aurait accumulé suffisamment de richesses, elle risquait de se débarrasser de la Soka Gakkai, et il déclara qu’il prendrait les mesures appropriées pour faire face à cette éventualité. Son jugement et ses actions empreintes de sagesse protégèrent la Soka Gakkai, l’organisation qui soutient l’enseignement et la pratique corrects du bouddhisme de Nichiren.

Les membres de la Soka Gakkai tournèrent en dérision l’absurdité des arguments avancés par le clergé dans sa sommation.

« Ils claironnent partout que les pratiquants laïcs doivent obéir au grand patriarche, que les moines sont les maîtres des pratiquants laïcs, et bien d’autres inventions qui leur conviennent, mais, ce qui compte vraiment, ce sont les actes ! » pensaient les pratiquants. D’autres disaient aussi : « Il n’y a quasiment aucun moine qui ait transmis la pratique du bouddhisme de Nichiren à d’autres personnes ou qui ait eu le courage de se rendre chez les croyants laïcs pour leur offrir des orientations personnelles et les encourager dans leur foi. Les moines ne songeaient qu’à prendre du bon temps. Pensent-ils vraiment pouvoir guider les membres de la Soka Gakkai, qui se consacrent de tout leur cœur à kosen rufu ? » Voilà quelques-unes des opinions exprimées par les pratiquants.

Le 8 novembre, le département des femmes de Tokyo organisa une « réunion de la Renaissance », au cours de laquelle certaines pratiquantes, qui avaient travaillé auparavant dans les temples de la Nichiren Shoshu, témoignèrent directement des modes de vie corrompus et du comportement arrogant des moines et de leurs familles, qui n’avaient rien à voir avec la foi. Toutes les participantes présentes à la réunion furent plus convaincues que jamais qu’une ère de la renaissance de l’humanité se profilait et qu’il était temps de se défaire de l’autorité cléricale.

Le moment était venu de retourner au point de départ du bouddhisme, en tant que religion humaniste.

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Le 8 novembre 1991, à la suite de la réception du document « Sommation de dissoudre la Soka Gakkai », le président Eisuke Akizuki et d’autres responsables de la Soka Gakkai tinrent une conférence de presse.

Après avoir déclaré que les requêtes exprimées dans le document étaient absolument dénuées de sens, les responsables reprochèrent à la Nichiren Shoshu de s’être éloignée des enseignements et de l’esprit du bouddhisme de Nichiren.

Ils décrivirent également le mépris profondément ancré du clergé pour les pratiquants laïcs, leur refus d’engager le dialogue, et leurs conceptions intolérantes, comme le démontrait notamment leur critique de l’interprétation en allemand de l’Hymne à la joie de Beethoven par une chorale de la Soka Gakkai. Ils expliquèrent que la Soka Gakkai déployait des efforts pour que la Nichiren Shoshu prenne conscience de son autoritarisme étroit, tout en poursuivant une réforme religieuse afin que le bouddhisme de Nichiren continue de se répandre en tant que religion de dimension mondiale.

Les responsables de la Soka Gakkai informèrent les journalistes présents que les pratiquants étaient indignés par les actions de la Nichiren Shoshu et avaient entrepris de collecter des signatures pour une pétition appelant à la démission du grand patriarche.

Les mœurs corrompues et dissolues étaient omniprésentes chez les moines. Ces derniers utilisaient les cérémonies de funérailles et les tablettes commémoratives pour les défunts comme moyens de gagner de l’argent et de se remplir les poches. Ils menaçaient sans cesse les membres sincères de la Soka Gakkai en faisant valoir leur autorité afin de les contrôler et de les dominer. Ils leur disaient notamment qu’ils offensaient la Loi et couraient le risque de tomber en enfer.

Les membres de la Soka Gakkai avaient acquis la profonde conviction qu’un tel comportement était inacceptable et qu’il rabaissait l’enseignement correct et la pratique du bouddhisme de Nichiren. C’était une situation lamentable, comparable à celle engendrée par les moines corrompus en Europe au Moyen Âge.

Les pratiquants s’interrogèrent sur la finalité du bouddhisme et de ses enseignements et se demandèrent à qui ils étaient véritablement destinés.

Shin’ichi Yamamoto parlait sans cesse aux membres de la voie correcte et de la foi, en soulignant l’importance de toujours revenir au Gohonzon, à l’esprit de Nichiren, et aux enseignements originels contenus dans ses écrits.

Alors que l’autoritarisme coercitif de la Nichiren Shoshu se dévoilait toujours davantage au grand jour, les pratiquants prirent de plus en plus conscience de la nécessité de faire revivre l’esprit originel de Nichiren, de poursuivre une révolution religieuse pour le bonheur des êtres humains, et de continuer de réaliser le kosen rufu mondial.

La force de ces pratiquants éveillés devint un nouvel élan pour une réforme qui, en revenant à l’esprit originel de Nichiren, conduisit à un réexamen des rites et pratiques traditionnels, tels que les funérailles et l’attribution de noms bouddhiques posthumes.

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En ce qui concerne les cérémonies funéraires, la Soka Gakkai revint aux enseignements originels de Nichiren et, après avoir effectué des recherches sur les rites et les observances funéraires bouddhistes et leur évolution, elle commença à organiser elle-même des cérémonies laïques – pour les funérailles organisées par les familles et par d’autres membres de la Soka Gakkai, sans faire appel à des moines.

Nichiren écrit : « […] puisque votre père bien-aimé et maintenant défunt récitait “Nam-myoho-renge-kyo” quand il était vivant, il fait partie des gens qui ont atteint la bouddhéité en cette vie » (Écrits, 1075) ; et « Puisque votre défunt mari était un pratiquant de ce sûtra, il atteignit sans aucun doute la bouddhéité tel qu’il était. » (Écrits, 459)

Selon ces écrits, l’atteinte de la bouddhéité dépend de notre foi et des Daimoku que nous récitons de notre vivant. L’idée que nous ne pouvons pas atteindre la bouddhéité si nos funérailles ne sont pas célébrées par des moines ne figure nulle part dans les enseignements de Nichiren.

Dans le bouddhisme au Japon, la coutume d’attribuer des noms bouddhiques posthumes particuliers aux défunts, tirait en fait son origine de la tradition consistant à conférer un nom aux personnes qui entrent dans la vie religieuse et acceptent les préceptes – c’est-à-dire de leur vivant. Les noms bouddhiques posthumes n’étaient pas utilisés à l’époque de Nichiren ; cette pratique n’apparut que des années plus tard et fut tout simplement adoptée par la Nichiren Shoshu. Pourtant, recevoir un nom bouddhique posthume n’a aucun rapport avec le fait d’atteindre ou non la bouddhéité.

À la différence de nombreuses écoles bouddhistes au Japon, le bouddhisme de Nichiren n’attache pas d’importance particulière aux rites funéraires ; c’est plutôt un enseignement qui a pour vocation de permettre aux êtres humains de mener une vie heureuse dans les trois existences (la vie dans le passé, le présent et le futur).

Les parcs cimetières de la Soka Gakkai, situés un peu partout au Japon, sont des lieux lumineux et gais, conçus dans un esprit d’égalité, car ils se fondent sur cette vision bouddhique de la vie et de la mort.

Lorsque la Soka Gakkai se mit à organiser des cérémonies funéraires laïques, cela lui valut de grands éloges, non seulement de la part de membres, mais aussi d’amis qui ne pratiquaient pas le bouddhisme de Nichiren.

Certains dirent par exemple : « Les cérémonies funéraires sont en général sombres, tristes et lugubres, mais celles organisées par la Soka Gakkai sont inspirantes et lumineuses, et transmettent un sentiment d’espoir pour le défunt qui a quitté ce monde. Elles expriment l’attitude positive de la Soka Gakkai envers la vie et la mort. »

« Aujourd’hui, les gens ont tendance à s’en remettre à des intermédiaires dans presque tous les domaines. Historiquement, demander aux moines de réciter des passages d’un sûtra lors des funérailles en est un des tout premiers exemples. Mais, dans les cérémonies de la Soka Gakkai, la famille et les amis récitent les passages du Sûtra et Nam-myoho-renge-kyo pour le bonheur éternel du défunt. J’ai été frappé par leur sincérité profonde. C’est ainsi, je pense, que nous devrions dire au revoir à tous nos défunts. »

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Un spécialiste présenta les cérémonies funéraires laïques menées par la Soka Gakkai comme « un changement révolutionnaire dans les pratiques funéraires japonaises », et il ajouta : « Ce type d’initiatives va susciter des résistances de la part de personnes plus conservatrices. Mais, au bout du compte, ce sont les cérémonies funéraires de l’avenir, et elles finiront par être largement acceptées. » « L’essor de la Soka Gakkai et la rapidité avec laquelle elle a progressé sont tout simplement stupéfiants, dit encore ce spécialiste. En l’espace de seulement trois décennies, elle a transformé le système danka qui existait au Japon depuis plus de trois cents ans. »

Au cours des années qui suivirent la première crise du clergé, la vraie nature autoritaire de la Nichiren Shoshu refit surface de plus belle. Partout, au Japon, les membres de la Soka Gakkai s’élancèrent dans ce que l’on a appelé la réforme Heisei4 [qui débuta à la fin de l’année 1990 et se poursuit aujourd’hui encore], en se fondant sur les principes et l’intention originels du bouddhisme de Nichiren.

Le document « Sommation de dissoudre la Soka Gakkai » [envoyé par le clergé de la Nichiren Shoshu le 8 novembre 1991] galvanisa la détermination des pratiquants à lutter en faveur d’une réforme. Ils organisèrent une campagne pour une pétition appelant à la démission d’Abe Nikken en tant que grand patriarche, parce qu’il avait trahi les enseignements de Nichiren et tenté de détruire la communauté harmonieuse des croyants luttant ensemble pour kosen rufu.

Avant même le 18 novembre, date anniversaire de la fondation de la Soka Gakkai – soit moins de dix jours après le lancement de la pétition –, près de 5 millions de signatures avaient déjà été recueillies. L’ampleur de la réponse en un temps aussi court témoignait avec éloquence de l’indignation des membres vis-à-vis des actions insensées et inacceptables entreprises par la Nichiren Shoshu contre la Soka Gakkai.

Les membres étaient convaincus que le temps de l’éclosion des enseignements humanistes de Nichiren à travers le monde entier était venu. Nichiren a prédit que les « trois puissants ennemis ne manqueront pas d’apparaître » (Écrits, 398), et cette prédiction s’est désormais vérifiée.

Jusqu’en 1991, la Soka Gakkai avait subi de nombreuses attaques, calomnies et critiques de la part du premier des trois puissants ennemis – les laïcs arrogants et qui ignorent le bouddhisme. Elle avait également été harcelée et attaquée par le deuxième puissant ennemi, les moines arrogants qui ne recherchent pas les véritables enseignements du bouddhisme mais restent attachés à leurs propres opinions arbitraires.

Pourtant, jusque-là, elle n’avait jamais fait l’objet d’attaques de la part du troisième puissant ennemi : les faux sages arrogants, c’est-à-dire les moines de haut rang qui nourrissent de la haine dans leur cœur et persécutent les pratiquants du Sûtra du Lotus. Mais, désormais, ce troisième puissant ennemi était apparu sous la forme du grand patriarche Nikken, qui persécutait la Soka Gakkai, l’organisation qui œuvre pour le kosen rufu mondial en accord avec le vœu du Bouddha. C’était la preuve évidente que la Soka Gakkai était l’organisation qui pratiquait le Sûtra du Lotus à l’époque actuelle, comme l’enseigne Nichiren.

  • *1Extrait du journal Seikyo, le 10 février 1991.
  • *2Traduit du japonais. Josei Toda, Toda Josei Zenshu (Œuvres complètes de Josei Toda), Tokyo, Seikyo Shimbunsha, 1981, vol. 1, p. 52.
  • *3Cinq fautes cardinales : les cinq offenses les plus graves selon le bouddhisme. Leur liste varie selon les sûtras et traités. La version la plus usuelle est : 1) tuer son père ; 2) tuer sa mère ; 3) tuer un arhat ; 4) blesser un bouddha ; 5) semer la discorde au sein de la communauté bouddhiste. On dit que ceux qui commettent l’une de ces cinq fautes cardinales tombent invariablement dans l’enfer des souffrances incessantes.
  • *4Cela se réfère à l’ère Heisei, une ère correspond au règne impérial au Japon, qui commença le 8 janvier 1989 et s’acheva le 30 avril 2019 quand l’empereur Akihito abdiqua.